Un impôt minimum de 20 % vise désormais certains foyers très aisés.
La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) est un dispositif codifié à l’article 224 du Code général des impôts, créé par la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 de finances pour 2025. Son objectif est simple dans son principe : porter l’imposition “IR + CEHR (et certains prélèvements)” à un niveau minimal lorsque, pour un foyer à très hauts revenus, le taux moyen d’imposition ressort inférieur à 20 % du revenu de référence retenu pour cette contribution.
Le présent article est rédigé à des fins strictement informatives : il ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Pour une analyse sécurisée de votre situation (revenus français/étrangers, plus-values, dispositifs de réduction/crédit d’impôt, structuration patrimoniale), un rendez-vous dédié est nécessaire avec un professionnel. Vous pouvez découvrir l’approche du cabinet sur le site de NBE Avocats.
1) CDHR : définition, esprit du texte et articulation avec la CEHR
La CDHR s’ajoute à l’impôt sur le revenu (IR) et, le cas échéant, à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR). Là où la CEHR applique des taux additionnels (3 % et 4 %) à certaines fractions de revenu fiscal de référence, la CDHR fonctionne comme un complément : elle comble l’écart entre (i) une imposition cible et (ii) un total d’impôts “retenus” pour le calcul.
En pratique, la CDHR vise des configurations fréquemment rencontrées chez certains contribuables à très hauts revenus : revenus fortement proportionnels (certaines plus-values, revenus de capitaux), crédits/réductions d’impôt significatifs, ou situations transfrontalières (crédits d’impôt conventionnels), conduisant à une imposition “moyenne” qui, rapportée au revenu de référence retenu, peut tomber sous 20 %.
À retenir : la CDHR ne calcule pas un “taux marginal”. Elle cherche à assurer un plancher d’imposition moyenne (au sens du texte), à partir d’un revenu de référence “ajusté” et d’un impôt “recalculé” selon des règles spécifiques.
2) Qui est concerné par la CDHR ?
2.1 Condition de résidence fiscale
La CDHR vise les contribuables domiciliés fiscalement en France (au sens de l’article 4 B du CGI). Les non-résidents, même à revenus élevés, n’entrent donc pas, en principe, dans le champ de cette contribution.
2.2 Seuils d’entrée : 250 000 € / 500 000 €
Le dispositif s’applique lorsque le revenu du foyer fiscal retenu pour la CDHR (défini par renvoi au RFR, puis “diminué” de certains éléments) dépasse :
- 250 000 € pour un contribuable célibataire, veuf, séparé ou divorcé ;
- 500 000 € pour un foyer soumis à imposition commune.
Ce sont des seuils d’assujettissement : être au-dessus n’implique pas mécaniquement qu’un montant sera dû, puisque la contribution n’est due que si l’écart est positif.
2.3 Condition de “taux moyen” inférieur à 20 %
Le cœur du mécanisme consiste à comparer :
- d’une part, un montant obtenu par application de 20 % au revenu retenu (avec une décote possible pour atténuer l’effet de seuil) ;
- d’autre part, un montant représentant l’IR + CEHR (et certains prélèvements) retraités, avec des majorations forfaitaires liées à la situation de famille.
La CDHR correspond à la différence positive entre ces deux termes.
3) Comment se calcule la CDHR (sans entrer dans un “simili-barème”) ?
3.1 Le revenu retenu : un RFR “ajusté” (revenu du foyer fiscal au sens de l’article 224)
Le texte part du revenu fiscal de référence (RFR) (défini à l’article 1417 du CGI), puis prévoit que le revenu retenu pour la CDHR est diminué de plusieurs éléments listés par la loi (notamment certains abattements, certains bénéfices exonérés, certains revenus liés à des régimes particuliers, ou encore des revenus exonérés en application d’une convention internationale). La liste exacte figure à l’article 224, II du CGI.
Le dispositif prévoit également un traitement particulier des revenus exceptionnels : lorsqu’ils ne sont pas susceptibles d’être recueillis annuellement et dépassent la moyenne des revenus nets des trois dernières années, ils sont retenus pour le quart de leur montant pour le calcul de l’assiette (selon les conditions du texte).
3.2 Les impôts retenus : IR “recalculé”, CEHR, et neutralisation de certains avantages
Le second terme de la différence inclut la somme :
- de l’impôt sur le revenu selon des règles de retraitement prévues par le texte (notamment la neutralisation de nombreuses réductions et crédits d’impôt, dans la limite de l’impôt dû) ;
- de la CEHR ;
- et de certains prélèvements visés par renvoi à l’article 1417 du CGI.
Autrement dit, la CDHR est conçue pour éviter qu’un niveau élevé de “dépenses fiscales” (réductions/crédits) ne fasse tomber l’imposition moyenne sous 20 % dans les situations ciblées.
Point important en contexte international : la documentation administrative publiée sur impots.gouv.fr indique, pour le calcul de l’impôt “recalculé”, que certains crédits d’impôt conventionnels peuvent être neutralisés (logique : apprécier une imposition “avant” certains mécanismes d’élimination de la double imposition). Cette interaction justifie une vigilance accrue en présence de revenus étrangers.
3.3 Majorations forfaitaires “famille” : +1 500 € par personne à charge et +12 500 € en cas d’imposition commune
Le second terme (impôts retenus) est majoré :
- de 1 500 € par personne à charge (au sens des articles 196 à 196 B du CGI) ;
- et de 12 500 € pour les contribuables soumis à imposition commune.
Ces majorations ont pour effet, toutes choses égales par ailleurs, de réduire (voire d’annuler) la CDHR calculée.
3.4 Décote : lissage de l’entrée dans le dispositif (330 000 € / 660 000 €)
Afin d’atténuer l’effet de seuil, le texte instaure un mécanisme de décote lorsque le revenu retenu pour la CDHR n’excède pas :
- 330 000 € (personne seule) ;
- 660 000 € (imposition commune).
Dans cette zone, le montant issu de “20 % du revenu” est réduit selon une formule légale, de manière à rendre la montée en charge progressive.
4) Acompte CDHR : obligations, calendrier et sanctions
4.1 Principe : un acompte obligatoire de 95 % (auto-évalué)
Pour la première année d’application, la loi a prévu un acompte égal à 95 % de la CDHR estimée par le contribuable, sur la base des revenus déjà réalisés et d’une estimation des revenus de fin d’année. Cet acompte s’impute ensuite sur la CDHR définitive calculée après la déclaration annuelle.
4.2 Dates clés (à connaître par cœur)
- Revenus 2025 : déclaration et paiement de l’acompte entre le 1er et le 15 décembre 2025 (service en ligne).
- Régularisation : prise en compte sur l’avis d’imposition émis à l’été 2026, après la déclaration des revenus 2025 au printemps 2026.
- Revenus 2026 : les informations administratives disponibles indiquent un acompte à déclarer et payer entre le 1er et le 15 décembre 2026, avec prise en compte à l’été 2027.
4.3 Peut-on corriger après validation ?
La FAQ et le guide usager publiés par l’administration indiquent que la validation de la déclaration et du paiement est définitive (pas de déclaration rectificative). En revanche, un versement complémentaire a été prévu jusqu’au 24 décembre 2025 inclus en cas d’insuffisance (pour l’acompte 2025).
4.4 Pénalité de 20 % : deux cas typiques
La loi prévoit une majoration de 20 % notamment :
- en cas de défaut ou retard de paiement de l’acompte ;
- lorsque l’acompte versé est inférieur de plus de 20 % à 95 % de la CDHR réellement due.
Cette mécanique rend l’estimation particulièrement sensible lorsque les revenus de fin d’année (dividendes, distributions, cessions, bonus) sont volatils.
5) Déclarer et payer concrètement : mode d’emploi (sans “sur-promesse”)
5.1 Où déclarer ?
La déclaration et le paiement de l’acompte se font exclusivement en ligne, dans l’espace particulier sur impots.gouv.fr, via le service « Prélèvement à la source ». Le parcours est accessible sur la période de déclaration (ex. du 1er au 15 décembre 2025).
5.2 Comment vérifier son assujettissement avant de payer ?
Un simulateur a été adapté pour permettre d’estimer l’éligibilité et le montant de la CDHR à partir d’une estimation des revenus (ex. “simulateur IR 2026 – complet” pour les revenus 2025). Il s’agit d’un outil d’aide : le paiement reste à effectuer dans l’espace authentifié.
5.3 Quels éléments préparer (pratique) ?
La FAQ rappelle que l’acompte suppose de reconstituer une image aussi complète que possible des revenus de l’année (réalisés et à venir). En pratique, il convient d’anticiper :
- le cumul des revenus d’activité et assimilés ;
- les revenus de capitaux mobiliers, distributions et produits assimilés ;
- les plus-values déjà réalisées et celles susceptibles d’être réalisées d’ici le 31 décembre ;
- les revenus de source étrangère (imposables en France, exonérés au titre d’une convention, et/ou ouvrant droit à crédits d’impôt) ;
- les éléments de situation de famille et personnes à charge.
Un accompagnement professionnel peut s’avérer utile compte tenu des retraitements et des interactions internationales.
6) Exemples chiffrés (revenus 2025) : comprendre la logique
Les exemples ci-dessous sont volontairement simplifiés et ne remplacent pas un calcul “article 224” complet (RFR ajusté, IR recalculé, neutralisations, revenus exceptionnels, conventions fiscales, etc.).
Exemple 1 — Personne seule : CDHR effectivement due
Hypothèses (2025) :
- Revenu retenu pour la CDHR (RFR ajusté) : 600 000 €.
- Montant des impôts “retenus” (IR + CEHR, après retraitements) : 90 000 €.
Calcul :
- Terme A : 20 % × 600 000 € = 120 000 €.
- Terme B : 90 000 € (hors majorations famille, ici sans objet).
- CDHR = 120 000 € − 90 000 € = 30 000 €.
- Acompte (95 %) à payer en décembre 2025 : 30 000 € × 95 % = 28 500 €.
La CDHR joue ici pleinement son rôle de “complément” pour atteindre une imposition moyenne cible.
Exemple 2 — Couple : seuil franchi, mais CDHR nulle grâce au lissage et aux majorations
Hypothèses (2025) :
- Foyer en imposition commune avec 2 enfants à charge.
- Revenu retenu CDHR : 550 000 € (donc au-dessus de 500 000 €, mais dans la zone de décote ≤ 660 000 €).
- Impôts retenus (IR + CEHR) : 35 000 €.
Effet “famille” (à titre illustratif) :
- Majoration couple : + 12 500 €.
- Majoration personnes à charge : 2 × 1 500 € = + 3 000 €.
- Terme B “majoré” : 35 000 € + 12 500 € + 3 000 € = 50 500 €.
Selon la formule de décote, le terme A peut être inférieur à 20 % × revenu dans cette zone. Il est alors possible que la différence (A − B) ne soit pas positive, conduisant à une CDHR égale à 0 malgré le franchissement du seuil.
Exemple 3 — Revenu exceptionnel : prise en compte “au quart” (sous conditions)
Hypothèses (2025) :
- Un contribuable perçoit un revenu exceptionnel de 1 000 000 € répondant aux critères du texte (non annuel et excédant la moyenne des trois dernières années).
Conséquence :
- Pour la détermination du revenu retenu, ce revenu exceptionnel est retenu pour 250 000 € (soit le quart), ce qui peut éviter des effets mécaniques disproportionnés sur l’assiette CDHR.
La qualification et le chiffrage exigent toutefois une analyse précise (nature du revenu, comparables, moyenne triennale, articulation avec d’autres mécanismes).
7) Points de vigilance : ce que l’on voit le plus souvent en pratique
7.1 Revenus de capitaux et plus-values : attention au “taux moyen”
Les situations combinant d’importants revenus proportionnels (certains produits financiers et/ou plus-values) et un IR globalement réduit (au sens des retraitements CDHR) peuvent conduire à un taux moyen inférieur à 20 %. L’estimation de l’acompte implique donc un suivi fin des opérations de fin d’année (cessions, distributions, arbitrages).
7.2 Revenus étrangers : cases déclaratives utiles et retraitements spécifiques
La FAQ administrative mentionne notamment :
- des références de crédits d’impôt conventionnels (par exemple 8TK ou d’autres cases de la rubrique “crédits d’impôt” selon le cas), dont la prise en compte peut être neutralisée dans l’impôt “recalculé” pour la CDHR ;
- la nécessité de porter certains revenus exonérés en application d’une convention internationale dans une rubrique dédiée (ex. 8CD) afin qu’ils soient correctement déduits du RFR retenu pour la CDHR, lorsque les conditions sont réunies.
Ces interactions sont typiquement celles qui justifient une revue “fiscalité internationale” (qualification, méthode d’élimination de la double imposition, documentation).
7.3 Actifs numériques et opérations en ligne
Lorsque des gains significatifs proviennent d’opérations sur actifs numériques (cessions imposables, activités, structuration via entités), l’enjeu n’est pas uniquement le taux nominal : il faut surtout reconstituer correctement la base et les impôts “retenus” pour la CDHR. Pour les sujets à la frontière entre fiscalité et numérique (plateformes, traçabilité, déclarations, contentieux), la page Droit NTIC présente les thématiques couvertes.
8) Sources officielles et ressources utiles (à privilégier)
- Texte de référence : Loi n° 2025-127 du 14 février 2025 (article créant l’article 224 du CGI).
- Article “CDHR” sur le site de la DGFiP : Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR).
- FAQ officielle (PDF) : FAQ CDHR.
- Guide usager (PDF) : Guide – acompte de CDHR.
- Communiqué Bercy (mise en place / calendrier) : Communiqué du 14 novembre 2025.
- Panorama LF 2026 (reconduction) : Loi de finances 2026 – ce qui change pour les particuliers.
- Fiche service-public (repères et calendrier) : Service-public.fr – CEHR et CDHR.
FAQ — Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) : questions fréquentes
Dois-je payer la CDHR si mon revenu dépasse 250 000 € / 500 000 € ?
Pas nécessairement. Le dépassement du seuil signifie que vous entrez dans le champ potentiel du dispositif, mais la CDHR n’est due que si la différence est positive entre (i) le montant-cible (20 % du revenu retenu, éventuellement diminué par la décote) et (ii) la somme des impôts retenus (IR “recalculé”, CEHR, certains prélèvements), majorée de 1 500 € par personne à charge et de 12 500 € en cas d’imposition commune. Il est donc possible d’être “éligible” au seuil et d’avoir une CDHR nulle.
Quand et comment payer l’acompte de CDHR ?
Pour les revenus 2025, l’acompte est à déclarer et payer entre le 1er et le 15 décembre 2025 via votre espace particulier sur impots.gouv.fr, dans la rubrique « Prélèvement à la source ». L’acompte correspond à 95 % du montant estimé de CDHR (revenus réalisés au 1er décembre + estimation des revenus du 1er au 31 décembre). Le paiement s’effectue par prélèvement, et l’acompte s’impute ensuite sur la CDHR définitive liquidée après la déclaration annuelle.
Que risque-t-on en cas d’oubli ou de sous-estimation de l’acompte ?
Le texte prévoit une majoration de 20 % notamment en cas de défaut ou retard de paiement, et en cas de sous-paiement significatif : si l’acompte versé est inférieur de plus de 20 % à 95 % de la CDHR réellement due. Cette pénalité se juge après la campagne déclarative suivante (déclaration des revenus 2025 au printemps 2026, avis à l’été 2026). D’où l’intérêt d’une estimation prudente lorsque des revenus variables (dividendes, plus-values, bonus) sont attendus en fin d’année.
Les revenus étrangers sont-ils pris en compte pour la CDHR ?
Oui, dès lors qu’ils entrent dans la construction du revenu de référence retenu pour la contribution (logique RFR, puis retraitements). La documentation administrative souligne en outre que certains mécanismes (notamment des crédits d’impôt conventionnels) peuvent être neutralisés pour le calcul de l’impôt “recalculé” servant au second terme de la différence, ce qui peut augmenter mécaniquement la CDHR. Enfin, pour certains revenus exonérés en application d’une convention, une rubrique déclarative spécifique (ex. 8CD) peut conditionner leur déduction du RFR retenu pour la CDHR.
La CDHR est-elle un dispositif temporaire ?
Le dispositif a été instauré pour l’imposition des revenus 2025. Les informations publiques disponibles indiquent une reconduction par la loi de finances pour 2026, avec une logique de maintien tant que l’objectif de redressement des comptes publics n’est pas atteint (référence administrative à un déficit public inférieur à 3 % du PIB). En pratique, il convient de suivre chaque année les textes financiers et la doctrine publiée, car les modalités (calendrier, périmètre, articulation avec d’autres mesures) peuvent évoluer.
Et maintenant ?
La CDHR impose une lecture fine des revenus, des retraitements légaux, des crédits/réductions et des situations transfrontalières. Pour aller plus loin sur les sujets connexes (impôt sur le revenu, fiscalité internationale, structuration patrimoniale, contentieux), vous pouvez consulter la page Droit fiscal. Si vous souhaitez sécuriser votre estimation d’acompte, votre déclaration ou une stratégie de conformité, vous pouvez prendre contact avec le cabinet via la page Contact.





